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DBD #73

Une critique et un portfolio dans le numéro 73 de DBD !!!
Pour lire la suite, c'est en kiosque !!








L'immanquable

Une belle interview de Jean Dufaux dans l'Immanquable n°27, et la prépublication du premier tiers du tome 3 !!!
Courrez chez votre marchand de journaux ou abonnez-vous !



Béatrice Tillier: Bulle d'Encre !

Béatrice Tillier: Bulle d'Encre !: BULLE D'ENCRE vous présente... La cinquième émission de BDE-TV ! Consacrée au Salon de la Bande Dessinée de Vigneux sur Seine (91)   ...

Interview de la "présidente" !

Une petite interview réalisée à Vaison La Romaine où j'étais la présidente d'honneur et avais réalisé l'affiche.

Interview au festival de Sens

Une petite interview à chaud lors du festival, au milieu des autres auteurs présents.



Merci à Pauline Frot !!

Reportage BD Boum de Blois




Interview de Béatrice Tillier lors de l'Expo à BD Blois en novembre 2011

Exposition d'originaux de planches de BD et d'illustrations réalisée par
"Sur la pointe du pinceau"

Reportage réalisé par Grif'Graphe :
 "Association qui regroupe de jeunes et moins jeunes techniciens de l'audio-visuel désireux que le 9ème et véritable "Art" recoive, un jour peut-être, du 8ème (et beaucoup plus frelaté) , la "the TV" toute l'attention due."

Travail collectif de Xavier Ledieu, Patrick Dillies, Pierre Beretta et Sonia Gemayel.

Interview BDthèque.com

Interview de Béatrice TillierInterview de Béatrice Tillier (14/12/2011)
Rencontre avec la talentueuse dessinatrice de « Fées et tendres automates » et du « Bois des Vierges »


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Béatrice Tillier Béatrice Tillier, bonjour. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots, nous parler de votre parcours ?
Bonjour. Je suis dessinatrice de bande dessinée, je crée des univers rêvés et j’essaie de faire rêver les lecteurs aussi. J’ai toujours dessiné depuis ma tendre enfance et je ne compte pas m’arrêter. J’ai fait des études littéraires et artistiques, complétées par une école de dessin sur Lyon.


 Quels sont les auteurs que vous aimez, qui vous ont influencée ?
Sans doute tous ceux que j’ai pu lire et digérer toutes ces années (Moebius, Leloup, Franquin, Wendling, Parnotte, Frank Pé…) mais le déclic est venu de François Bourgeon, qui m’a fait réaliser que la BD pouvait devenir mon métier et prendre les traits de la conception que je m’en faisais.


 Pouvez-vous nous parler un peu de votre méthode de travail. Comment concevez-vous les personnages à la lecture du scénario ?
Je m’en imprègne, j’extrais leurs caractéristiques principales et j’essaie d’imaginer un casting idéal, comme un metteur en scène qui choisirait ses acteurs. Le physique va dépendre de la personnalité, pour la caricaturer plus que dans la réalité pour que le lecteur perçoive la même sensation. Le fait de créer un personnage en pensant à quelqu’un, ou à une forme, un animal, une caricature, permet de lui donner une âme plus profonde, une vraie personnalité et évite de tomber dans la facilité et l’ennui des stéréotypes, de l’automatisme. C’est plus long à mettre en œuvre à chaque case, mais les personnages deviennent tangibles et transmettent plus d’émotions.


Accéder à la BD Fée et tendres Automates Vous avez commencé votre carrière en illustrant des romans pour enfants. Cela demande-t-il une approche particulière ? Est-ce quelque chose que vous aimez faire ou était-ce juste un moyen de vous faire remarquer par le monde de l’édition ?
La bd, quand on débute, est un processus long à mettre en place : monter un dossier (écrire un scénario, le découper, faire quelques planches en noir et blanc et en couleurs), le présenter aux éditeurs (prendre des rendez-vous, monter sur Paris, rencontrer des éditeurs, attendre leurs réponses), finir par signer (pas toujours avec le projet de départ), commencer le travail… pendant tout ce temps, comme il faut bien vivre, la solution la plus rapide, c’est l’illustration : des contrats courts, une mise en œuvre rapide. Ce n’était donc pas forcément un choix, mais une solution d’attente. J’ai été choisie par rapport à mon style réaliste, je n’ai donc pas vraiment eu à devoir m’adapter. Il y a juste quelques contraintes vis-à-vis de la tranche d’âge à laquelle on s’adresse, voire un peu de censure en fonction des éditeurs.


 Fée et tendres Automates est l’œuvre qui vous a révélée au grand public. Quel regard jetez-vous sur cette série 15 ans après le début de l’aventure ?
Une belle aventure mais aussi des regrets d’avoir été évincée du dernier tome. Sans cela, je pense que la série aurait connu certainement le succès qu’elle méritait.


Accéder à la BD Mon voisin le Père Noël A quel niveau surtout pensez-vous avoir évolué depuis lors ?
La technique, car j’ai pu tester depuis des matériaux différents. Une certaine libération de pouvoir aujourd’hui être libre de mes choix de composition, de cadrages et la maitrise j’espère, car il est important de se remettre en question à chaque fois, ne pas céder à la facilité pour toujours progresser, apprendre, évoluer pour être toujours fière du travail accompli et laisser une jolie trace. La BD est après tout le 9ème art et non pas juste un produit de consommation.


 Pourriez-vous revenir sur les circonstances qui vous ont empêchée de dessiner le troisième tome de la série ?
C’est simplement le scénariste qui a décidé de terminer seul son histoire.


 Mon voisin le Père Noël est assez éloigné de votre univers habituel. Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ? Qu’est-ce qui vous a séduite dans l’histoire pour que vous vous lanciez dans l’aventure ?
Nous nous connaissons depuis longtemps avec Philippe Bonifay et nous avions envie de travailler ensemble. Il nous fallait un projet sur lequel mon dessin puisse s’exprimer. Après plusieurs essais sur différentes histoires, nous sommes tombés d’accord sur ce thème. Mon « passé » chez les « fées » permettant au lecteur de croire tout naturellement au Père Noël !


Accéder à la BD Le Bois des vierges Pour Le Bois des vierges, comment avez-vous vécu le fait de passer de Robert Laffont à Delcourt ?
Assez mal, il est très désagréable de se voir imposer un nouvel éditeur quand on avait choisi le précédent : « quand un fermier vend sa ferme, on ne demande pas l’avis aux vaches » est l’adage que nous avons tous vécu. Ce ne fut pas un sauvetage, mais plutôt une incarcération. La méthode de travail n’a pas changé, c’est l’état d’esprit qui a pris un coup… difficile de mettre tout son cœur et ses tripes quand on sait qu’au bout de la chaine on fera peu de cas de votre création.


 Etait-ce une réelle difficulté de dessiner tous ces animaux dans Le Bois des vierges ?
Au départ je pensais que cela le serait. Mais finalement, leurs personnalités ont été si bien écrites par Jean, que naturellement, j’ai fini par les percevoir comme des humains, juste un peu plus poilus ! Ce fut juste un travail supplémentaire de documentation.


 Où en êtes-vous avec la réalisation du prochain album ?
Juste à la moitié.


 Comment se passe votre collaboration avec Jean Dufaux ? Avez-vous votre mot à dire sur le scénario ?
Pas besoin, tout est écrit au cordeau pour mon dessin. Les deux s’accordent parfaitement.


Cliquez pour voir une planche de Le Bois des vierges Avez-vous une affection particulière pour les récits assez manichéens et les amours compliquées ? (Fée et tendres Automates et Le Bois des vierges traitent du même amour voué à l'échec mais où les personnages essayent envers et contre tout).
J’aime surtout jouer avec le blanc et le noir, arriver à rendre le laid attirant et le beau repoussant. Le romantisme est toujours un thème qui ressort bien en dessin. J’aime surtout les récits fantastiques, ceux qui permettent de s’évader, de créer des univers et des ambiances.


 Quels sont vos projets pour l’avenir ? Seriez-vous tentée par une série où vous feriez le scénario et le dessin ?
Je vais continuer ma collaboration avec Jean Dufaux après Le Bois des vierges sur le troisième cycle de La Complainte des landes perdues. Je serais tentée pourquoi pas plus tard de réaliser un projet personnel. En attendant, je continue d’apprendre auprès de scénaristes plus aguerris.


 Béatrice, merci pour votre collaboration, et au plaisir de découvrir vos prochains albums.
Merci à vous !


Interview réalisée le 14/12/2011, par Little Miss Giggles, avec la participation de Mac Arthur, js et Chalybs.

Interview 9ème Art

Béatrice Tillier

Je vous invite dans le monde enchanté et féérique de la talentueuse et ravissante Béatrice Tillier, que j’ai eu la chance de rencontrer lors du dernier festival d’Arlon.[NDLR : Béatrice est née le 18/09/1972 à Lyon]

Béatrice en dédicace

Q - Bonjour, peux-tu te présenter ?


Bonjour, Je suis donc Béatrice Tillier, dessinatrice de Bande dessinée... C'est un peu formel comme ça, mais en somme c'est ce que je préfère être !


Collectif Belmondo s'affiche aux Ed. Le Lombard
Recherche et illustration finale

Q - Comment t’es venue l’idée de faire de la BD ?

Ce n'est pas à proprement parlé une idée mais plutôt une envie, voire même un besoin. Très tôt, très petite, je passais mon temps à dessiner, à inventer des histoires et à les mettre en images. C'était ma façon de m'exprimer, de partager des idées sans avoir un contact direct avec les autres.


Collectif Vivre libre ou mourir aux Ed. Le Lombard
Couverture, crayonné et planche


Le besoin aussi de m'évader, de m'inventer des mondes imaginaires pour oublier le quotidien, ou le magnifier en le rêvant. Un dessinateur est finalement un magicien qui peut matérialiser ses rêves sur papier, un peu comme un acteur, qui peut vivre d'autres vies. Plus tard, je me suis rendue compte qu'il était possible d'en faire son métier, alors je me suis lancée dans l'aventure.


La compagnie des glaces T.12 aux Ed. Dargaud
Couverture et travaux préparatoires

Q - Quel cursus as-tu suivi ?

Un cursus scolaire classique, avec des options littéraires, graphiques, de l'histoire de l'art. Puis, j'ai gagné un peu de temps à l'école Cohl sur Lyon, où l'émulation avec les autres élèves m'a permis de progresser rapidement, ainsi que les outils mis à ma disposition (sculpture, modèles vivants, anatomie, perspective, dessin animé...)


62 auteurs de Boulogne dessiné - Arlon 2011

Q - Quelles sont tes principales publications ?

J'ai travaillé longtemps pour Milan presse avant qu'ils ne soient rachetés par Bayard. Mais je suis surtout connue pour la série Fée et tendres automates chez Vents d'Ouest, avec Téhy. Vient ensuite Mon voisin, le père Noël avec Bonifay, chez Casterman,


La compagnie des glaces T.9 aux Ed. Dargaud
Couverture et travaux préparatoires


Puis Le Bois des Vierges avec Dufaux chez Delcourt. J'ai également participé à plusieurs collectifs, dont La compagnie des glaces chez Dargaud. (Bibliographie complète ICI)


Collectif En mâles de nus chez Attakus
Crayonné et dessin final

Q - Quels sont tes projets, si tu en as ?

Terminer ma série Le Bois des Vierges et repartir sur une autre, toujours avec Jean Dufaux au scénario. Il s'agira du troisième cycle de La complainte des landes perdueschez Dargaud. Plus tard, j'aimerai éventuellement m'atteler à un projet personnel.


Illustration pour un faire-part 
Crayonné et divers phases de la mise en couleurs

Q - Quels-sont tes hobbys à part le dessin ?

Le chant choral que je pratique depuis 10 ans, la musique est indissociable du dessin en ce qui me concerne. Quand je peux, du tir à l'arc, de la marche, de l'équitation.


Affiches pour Les sculpteurs de Bulles

Q - De quels auteurs es-tu fan ?

Beaucoup pour pouvoir les citer tous, mais principalement François Bourgeon, qui m'a donné envie de faire ce métier, Claire Wendling, Frank Pé, Joël Parnotte, Moebius... côté scénaristes, mis à part ceux avec qui j'ai la chance de travailler (Dufaux et Bonifay), Serge Letendre et Balac.


Illustration pour un sous-bock
Crayonné et mise en couleurs

Q - Ta dernière BD lue ?

Je suis en train de terminer Portugal de Pedrosa, un petit bijou de poésie et mon dernier coup de cœur était pourLydie de Zidrou.


Les collectifs Léo Ferré & Edith Piaf Ed. Vents d'Ouest
auxquels Béatrice a participés

L'ancien site de Béatrice est LA, son nouveau blog est ICIet enfin, le site consacré aux Bois des Vierges.
Mes précédentes dédicaces publiées [1] & [2]

Pan - work in progress

Brabant Strip B.D.

Au mois d'avril, profitant de ma présence au salon "Trolls et légendes" à Mons en Belgique, Tom Vermeeren et Gert Bussens, m'interrogeaient sur la sortie en néerlandais du Tome 1 du "Bois des Vierges" pour  la revue "BRABANT STRIP" BS MAGAZINE.




En voici la traduction littérale :

(Brabant Strip Magazine n° 186) :



 Béatrice Tillier entre homme et bête
 dans Le Bois des Vierges


Le premier tome de la trilogie Fée et Tendres Automates était jusqu’à maintenant le seul album disponible en néerlandais de la dessinatrice française Béatrice Tillier. L’éditeur Silvester a changé ça en publiant le tome 1 de sa trilogie Le Bois des Vierges. Après cette série, Tillier va succéder à Rosinski et Delaby pour le troisième cycle de La Complainte des Landes Perdues. Même si elle préfèrerait que cette nouvelle reste encore plus longtemps un secret.

 

“Dommage que les animaux n’aient pas de sourcils”



Béatrice Tillier : (soupire avec un sourire au visage) Oui, je le sais. Philippe (Delaby) n’a une fois de plus pas pu se taire. Et on aimerait ne pas encore trop parler de mon cycle de La Complainte parce que maintenant c’est Le Bois des Vierges qui mérite toute l’attention. La Complainte, c’est pour plus tard.

C’était votre proposition de dessiner le 3de cycle ?



Quand j’ai entendu que Jean Dufaux avait écrit un cycle autour des Sorcières, j’étais très enthousiaste. Mais j’estimais que Jérémy Petiqueux serait le successeur logique pour le troisième cycle vu qu’il était déjà coloriste du cycle de Philippe Delaby. Une fois que Jérémy a été choisi pour Barracuda, j’ai reçu la chance de dessiner le 3de cycle.



Vous avez déjà commencé à dessiner La Complainte ?

Non, je n’ai pas encore commencé à dessiner. Mais j’ai déjà commencé à collectionner et rassembler la documentation nécessaire. Pendant notre vogage en Angleterre, j’ai pris beaucoup de photos que je pourrais éventuellement utiliser dans l’ histoire. Mais d’abord je dois terminer le tome 3 du Bois des Vierges. C’est ça qui compte maintenant.



LE BOIS DES VIERGES



Cette année, la traduction en néerlandais du tome 1 du Bois des Vierges est finalement apparue, sur un scénario de Jean Dufaux. Comment vous vous êtes rencontrés ?



C’était lors d’un festival BD à Mouscron. Après les séances de dédicaces, Jean et moi commencions à bavarder un peu. Il me disait qu’il aimait mon graphisme romantique et féerique. Il me demandait si j’aimerais un jour travailler avec lui. Je me sentais honorée et j’ai tout de suite dit oui. Quinze jours à peine après notre première rencontre, je trouvais déjà un premier synopsis dans ma boîte aux lettres.

Comment décririez-vous vous-même Le Bois des Vierges ?

L’histoire baigne dans l’atmosphère de la Belle et la Bête dans la version de Jean Cocteau mais l’histoire contient aussi des éléments du Roman de Renart. Au début du premier tome, les hommes et les bêtes entreprennent un essai ultime de se réconcilier en laissant épouser Aube et Loup-de-Feu. Mais déjà pendant la nuit des noces, tout échoue. Loup-Feu est tué par Salviat, le frère d’Aube. Ce meurtre cause une guerre féroce entre l’homme et la bête. Aube s’enfuit et trouve refuge dans le Bois des Vierges, un lieu sacré que personne ne touche. Aube y est hors de danger à condition qu’elle reste vierge. Les hommes n’osent pas pénétrer le bois car il y a beaucoup de créatures extrêmement dangereuses. Je ne peux rien dire de plus. (rire)



Vous avez pu intervenir dans le scénario ?



Pas au niveau de l’intrigue. Ce n’est pas du tout nécessaire. Jean sait très bien quel genre d’histoire convient le plus à tous ses dessinateurs. Il sait très bien les préférences des hommes et des femmes avec lesquels il collabore. En développant ses scénarios, il tient compte des talents, des désirs et des intérêts du dessinateur. C’était aussi le cas pour moi. Je suis alors son histoire mais la façon dont j’interprète son histoire est ma responsabilité. Au niveau du cadrage et la mise-en-scène, je peux faire ce que je veux.



Pourriez-vous décrire les différents phases de votre travail ?



D’abord je lis tout le scénario, de préférence avant de dormir. Pendant une deuxième lecture, je prends des notes pour entrer dans l’atmosphère exacte. Puis, je commence à rassembler la documentation indispensable. J’accorde beaucoup d’importance à cette phase de mon travail. Je collectionne des photos, des dessins, des illustrations, des livres, des films et de la musique qui peuvent m’aider à entrer dans le fond de l’histoire. Souvent, je prends aussi les photos moi-même pour éviter des droits d’auteurs. Le mois passé, j’ai fait des photos des ours au zoo de Fort-Mardyck. Dans le dernier tome du Bois des Vierges, je serai obligée de dessiner beaucoup d’ours. Heureusement, il y avait Dominique, un ours très enthousiaste qui a joué un rôle comme petit dans le film L’Ours. Dominique était en pleine forme et a très bien joué comme modèle pour moi. (rire) Si j’ai toute ma documentation nécessaire, je peux me mettre au dessin. J’ai besoin d’une semaine environ pour finir toute une planche. Deux jours pour la mise-en-page et les croquis. Un à deux jours pour l’encrage et deux à trois jours pour le coloriage à la main.



Vous n’avez jamais envisagé de faire le coloriage à l’aide de l’ordi ?



Non, j’aime trop le contact avec le papier, la façon artisanale de travailler. Un ordi avec tout le logiciel nécessaire est aussi un investissement lourd. Et ça me prendrait beaucoup trop de temps à apprendre à maîtriser cette nouvelle technique. Un trait de pinceau peut créer tout à coup un effet inattendu. J’adore ça. Avec l’ordi, tout est réglé très strictement. Je n’aime pas que tout soit fixé et réglé presque comme c’est une science ou des maths.



Votre mari, dessinateur Olivier Brazao, vous aide aussi ?



Certainement, il est mon tout premier lecteur. Nous nous asseyons toujours l’un à côté de l’autre dans notre atelier avec vue sur la mer et on s’aide, on donne des critiques constructives dans la plupart des cas de toute façon (rire et clin d’oeil vers son mari qui est assis à la même table). Je montre aussi très régulièrement mes dessins à mon copain Jean-Marie Minguez. Il habite à Londres mais grâce aux techniques modernes avec le webcam et le Skype, c’est facile de communiquer. Jean-Marie Minguez travaille maintenant à l’histoire Carabosse, dont le premier tome vient de paraître cette année chez Lombard.

Pour Le Bois des Vierges, vous devez dessiner beaucoup d’animaux qui ont des traits humains. Ce n’est pas du tout évident, n’est-ce pas ?



En effet, ce n’est pas simple. Je voulais à tout prix éviter d’imiter d’autres séries avec des personnages hybrides comme De Cape et Crocs et Les Lumières de l’Amalou. La plus grande difficulté c’était montrer des émotions sur les visages des animaux… sans l’emploi des sourcils. Dans les BD humoristiques, les animaux ont tous des sourcils mais dans la BD plus réaliste, ce n’est pas possible. Alors, j’ai dû trouver une autre solution pour montrer les sentiments. Aucun animal n’a tant de blanc dans l’oeil que l’homme. Cette couleur blanche des yeux nous diffère des yeux animaliers. Voilà pourquoi, j’ai choisi de donner des yeux humains aux personnages animaliers. J’ai aussi ajouté quelques traits humains aux animaux en les faisant porter des boucles d’oreille, des chapeaux, etc. Cela m’a aussi permis de mieux montrer quel loup était en train de parler. Dessiner des animaux qui vieillissent était aussi un véritable défi pour moi. On ne voit pas facilement les rides sous tout ces poils, n’est-ce pas… (rire) La plus grande difficulté était de dessiner des animaux avec des vêtements dans un style réaliste qui reste crédible pour les lecteurs. Le lecteur doit avoir l’impression que c’est quelque chose de naturel. J’ai aussi hésité jusqu’à quel point je rendais humain les bêtes. Je me demandais si les lecteurs croiront l’image d’un loup habillé qui part à la chasse avec une queue et ses griffes. Un animal hybride sur le dos d’un animal sans traits humains… Loin d’être évident, je vous le jure. Jean Dufaux n’a pas tenu compte de tous ces détails en créant son histoire. C’était à moi de résoudre tous ces obstacles. (rire) J’ai vraiment dû apprendre à dessiner des animaux dans mon propre style. Heureusement, j’ai pu compter sur quelques amis qui s’occupent chaque jour professionnellement des animaux et qui ont une diversité énorme de photos uniques qu’ils ont mis à ma disposition.



Vous vous basez sur des personnages réels quand vous dessinez des hommes et des femmes ?



Absolument. Parfois ce sont des proches, parfois des acteurs ou des actrices. Le personnage principal d’Aube par exemple est basé sur l’actrice française Cécile de France et le tueur des loups Clam est basé sur le visage de l’acteur hollandais Rutger Hauer. Tous les deux ont un visage très expressif. Ils peuvent montrer des émotions très différentes. Ainsi, on met une âme dans les personnages et on évite de dessiner des stéréotypes.



Dans le tome 2 (qui doit encore être traduit en néerlandais) il y a beaucoup d’éléments mythologiques et fantastiques. Il nous semble que vous vous êtes amusée en dessinant toutes ces créatures bizarres.



Oh oui. J’ai aussi essayé d’intégrer des caractéristiques animalières dans tous ces monstres et bêtes. Le corps des centaures par exemple est basé sur une race spécifique de chevaux et les oreilles des faunes sont copiées d’une certaine race de chèvres. Pour les harpies, la forme de base est un rapace. On peut voir ça aux pattes.




Vous avez déjà parlé de l’atmosphère des contes comme La Belle et la Bête mais dans le tome 2, il y a encore beaucoup d’allusions à d’autres contes.



C’est vrai. A la page 28, Jean Dufaux a vraiment ouvert tous les registres. Vous y trouvez des clins d’oeil au Petit Chaperon Rouge, aux Trois Cochons et à Blanche-Neige. Formidable à dessiner ! (grand sourire)



Le tome 1 est paru initialement chez un autre éditeur: Laffont et cet album avait aussi une toute autre couverture que la nouvelle couverture chez Delcourt. C’était votre choix de changer la couverture pour la réédition ?



Delcourt a insisté. La couverture originale ne convenait pas dans leur catalogue. Delcourt a l’habitude de mettre une illustration sur la couverture de leurs BD. Alors, j’ai dû inventer un tout nouveau concept. J’ai choisi de mettre trois fois Aube sur la couverture dans une sorte de lumière contre un décor assez noir, sombre, mystérieux qui invite à être découvert.



Toutes les questions seront résolues à la fin du tome 3 ou y a-t-il des portes encore ouvertes pour une suite ?



Vous savez, les scénarios de Jean Dufaux ont toujours des ouvertures qui le rendent éventuellement possible à continuer. Mais ce ne serait en aucun cas pas une véritable suite car il y a une vraie fin dans le tome trois. S’il y a encore d’autres albums, ce seront des spin-of. Mais on n’en a pas encore vraiment discuté.



Vous êtes dessinatrice, coloriste et illustratrice. Mais jusque maintenant, vous avez toujours travaillé sur le scénario de quelqu’un d’autre. Vous n’avez pas envie d’écrire un jour votre propre histoire ?



J’admets que j’ai déjà quelques idées dans mes tiroirs. Alors on ne sait jamais? Mais maintenant je ne me sens pas encore prête à commencer comme scénariste moi-même. Ce n’est pas nécessaire non plus car j’ai pu collaborer avec des scénaristes qui écrivent des histoires pour moi qui me plaisent énormément. Mais ne dites jamais jamais ! (rire mystérieux)





Traduit par Tom Vermeeren, mercredi le 20 juillet 2011.
 


 






Interview



Pour les lecteurs néerlandophones, une interview paraitra bientôt dans la revue "BRABANT STRIP" BS MAGAZINE.
Elle a été réalisée par Tom Vermeeren et Gert Bussens lors du salon B.D. "Trolls & légendes".

Casemate

Sortie du magazine «Casemate» dont je fais la couverture !!
Une grande première.



Casemate N°1

Béatrice Tillier sort sa griffe


Jean Dufaux présente Le Bois des Vierges comme un conte.
    Béatrice Tillier : Il m’avait parlé d’un récit dans l’esprit et à l’ambiance graphique du Roman de Renart et de La Belle et la bête. L’histoire elle-même traite de tolérance et d’acceptation des différences. Dans le monde actuel, on parlerait de différences ethniques. Du racisme de ceux qui refusent le métissage et imaginent que leur race est meilleure qu’une autre.

Écrire «En temps de guerre, tout le monde pille et souille. La guerre est sale», n’est-ce pas énoncer des évidences ?
    Tous les contes jouent sur la morale et une certaine candeur. Ils s’adressent aux gamins, mais leur propos est adulte. Le Bois des vierges n’est pas destiné aux enfants. Pas plus que mes précédentes BD. Hier, j’ai dessiné des fées, le Père Noël, aujourd’hui je dessine des loups, ce qui alimente forcément une certaine confusion. Comment justifier les premières planches qui montrent un mariage entre un loup et une humaine ? Aube, la jeune mariée, dit explicitement à son père que le fruit de cette union serait une monstruosité et un blasphème. Si on oublie la jolie fable, dans la réalité, ça devient de la zoophilie… Et attendez les tomes suivants !


Donc votre fils ne les lira pas !
Il les regardera, il est content d’y voir des animaux.


Il a le rare privilège d‘avoir des parents auteurs* donc qui travaillent à la maison.
C’est aussi une frustration. Il nous voit tout le temps, mais nous ne sommes pas toujours à sa disposition ! Notre espace créatif est séparé de l’espace familial. L’atelier occupe tout le grenier de la maison. Quand le fiston nous rejoint, c’est pour faire ses devoirs. J’ai besoin de longues séquences de travail pour des raisons techniques mais aussi pour bien me concentrer. Quand on passe une couleur pour couvrir un ciel, on ne peut pas s’arrêter au milieu. Sinon tout est fichu, on ne peut pas reprendre un fond avec des encres acryliques transparentes.
À l’atelier, ce n'est pas moi qui répond au téléphone.Quand je finalise mon encrage, je le débranche. Sa sonnerie me ferait sursauter et le pinceau risquerait de voler !


En quoi le scénario de Jean Dufaux est-il du sur-mesure ?
À chaque fois que j’ai représenté une scène, elle était conforme à ce qu’il avait imaginé. On peut donc parler d’osmose entre nous. Mon graphisme lui permet de faire passer des choses sans qu’elles soient mal interprétées – comme l’ambiguïté du mariage. Je me suis beaucoup amusée avec les décors et les costumes mélangeant différentes époques. J’aime tout dessiner dans l’univers du Bois des vierges. On n’y trouve ni voitures ni machines électriques exigeant une précision graphique qui m’interdirait toute interprétation.


Franquin a pourtant marqué une certaine Ford de son sceau !
    Mais avec un trait humoristique. En dessin réaliste, toute interprétation est considérée comme un défaut. Dans le Père Noël, j’ai dissimulé les voitures sous la neige et on ne voit ni fils électriques ni antennes de télé. J’ai idéalisé un quartier de Lyon un peu à la manière du Paris parfait de Jeunet dans Amélie Poulain. Récemment, j’ai dessiné d’après nature une vieille rue aux façades inclinées. Le dessin donnait l’impression d’une perspective mal fichue alors qu’il était strictement fidèle à la réalité.


C’est ce qui a motivé le choix de la période historique ?
Non. Il fallait que notre récit se déroule à l’époque charnière où apparaissent des armes à feu qui vont assurer la supériorité des hommes sur les animaux. Jean a donc choisi la fin de la Renaissance. Avant, le temps du moyen âge nous aurait fait classer en « héroïc fantasy ». Et après,
on tombait dans l’univers trop disneyen des mousquetaires.


Jean Dufaux avait-il des exigences graphiques ?
Pour montrer qu’il n’y a pas des méchants d’un côté et des gentils de l’autre, Jean voulait qu’on sente la noblesse chez les humains comme chez les bêtes. Qu’elles aient la même prestance et le même maintien que les hommes. J’ai travaillé les attitudes des personnages, leur façon de bouger, de se mettre en scène. Le scénario parle de loups habillés, mais Jean n’avait pas pensé aux problèmes techniques de leur mise en images. Les loups montent-ils à cheval ? Oui. Alors ils ont des pieds et des bottes. Ils doivent tenir les rênes, donc ils ont des mains… Restait le problème majeur : un animal habillé paraît grotesque. Pour qu’on y croie, j’ai modifié les proportions. Les fraises qui couvrent les cous des loups font chic parce qu’elle sont plus petites que dans la réalité. J’ai aussi resserré les culottes bouffantes des hommes. En collants, avec de telles culottes, ils frisaient le ridicule. On découvre, lors des gros plans, que mes bêtes ont des yeux humains, c’est-à-dire beaucoup de blanc autour de l’iris. Cela m’a permis de jouer plus intensément sur les regards.


N’est-ce pas justement la méthode Disney ?
Je ne caricature pas à ce point. Disney déforme les mâchoires pour coller à la parole des personnages. Quand j’observe mon chat, j’ai parfois l’impression qu’il sourit, alors qu’il n’a pas bougé. Mes bêtes rient essentiellement avec les yeux et, éventuellement par le  mouvement de leurs oreilles. Le langage du corps compte beaucoup plus chez les animaux que chez les humains. Le plus difficile est peut-être de leur donner un âge. Les animaux n’ont ni rides, ni cernes. Pour montrer la différence entre le fils et le père, j’ai joué avec les couleurs du pelage des loups. Plus sombre et contrasté pour l’aîné.


Votre héroïne ne ressemble plus à vos croquis préparatoires.
Jean aime les héroïnes aux cheveux courts, mais c’était incompatible avec les coiffures de l’époque. Avec des cheveux longs, Aube faisait trop «jolie petite princesse». Or ce personnage n’apparaît pas comme une victime, mais plutôt comme un bourreau. J’ai donc imaginé un compromis : une coiffe qui camoufle sa coupe. Quand elle la porte, Aube paraît très sage. Quand elle s’agite, ses cheveux en pétard lui donnent une allure beaucoup plus moderne et son côté apprêté disparaît.


Quel travail pour un personnage qu’on voit très peu dans le premier tome !
Je dessine des filles pour faire plaisir au lectorat masculin. Personnellement, je préfère dessiner des jolis mecs ! C’est agréable d’être amoureuse de ses héros.


Et frustrant pour Dufaux !
Jean souhaitait que le Prince des armures, qui apparaît au milieu de l’album, ressemble à Philippe III d’Espagne. D’après les tableaux d’époque, son visage est assez proche de celui de Jean. Ce personnage incarne l’autorité et la noblesse, il est celui qui décide du destin des autres personnages de l’histoire. Est-ce un choix anodin de la part de Jean ?


Dufaux souhaite voir paraître un album par an.

Je vous donne rendez-vous l’année prochaine pour le deuxième tome.


Que devient votre projet écrit par Laurent Vicomte ?
J’étais censée l’attaquer il y a deux ans, après Le Père Noël. J’avais donc initialement refusé le scénario de Jean. Mais Laurent ne m’a jamais livré son synopsis ni même de pages découpées. J’ai travaillé sur la Compagnie des glaces, les couvertures du second cycle et 2 story-board avec Olivier Brazao (Éditions Dargaud- Studio Jotim, avec Philippe Bonifay) pour patienter. Robert-Laffont m’a relancée pour Le Bois des vierges et j’ai fini par accepter. Comment refuser une si belle histoire ?


*Olivier Brazao est le dessinateur de Sheewõwkees chez Delcourt (scénario Mosdi) dont Béatrice a réalisé la mise en couleurs


L’oreille en coin

Pourquoi Loup-gris a les oreilles un tantinet grignotées ? Parce que le chat de Béatrice s’est fait mordre l’oreille et qu’il a une coupure en forme de triangle.
planche 6 et 7
Pour mes couleurs, j’utilise des encres acryliques "Magic color"
Elles étaient très prisées par les illustrateurs qui travaillaient à l’aérographe. Mais on ne les trouve plus en France, je suis obligée de les commander en Angleterre. Même quand je ne m’en sers pas, j’ai envie de les garder sous les yeux. J’aime cet alignement de couleurs.

Dialogues
Béatrice Tillier :

Mes dessins viennent comme une sorte de commentaire sur les scènes de dialogues. Dans ces pages, Jean Dufaux fait allusion à des soldats. J’ai donc dessiné une chouette qui évoque une sentinelle. Elle plonge sur sa proie et l’emporte. Son trajet guide la lecture vers la planche suivante et nous conduit au camp de soldats cité dans les dialogues. Puis Maître Arcan parle à sa fille. Physiquement, il bloque toutes les issues. Aube n’a qu’une issue, l’escalier qui mène sa chambre.
Bulles
Béatrice Tillier :
Je calibre les bulles dans mes cases, mais je ne les dessine pas. Elles sont incorporées numériquement. Pour certaines mises en couleurs, c’est une méthode qui me fait gagner du temps. C’est aussi utile pour le scénariste qui peut modifier ses textes au dernier moment sans qu’il faille retoucher les planches. Et mes originaux sont plus jolis !
Planche 8
Sur les murs
Béatrice Tillier :
Le scénario de Jean Dufaux décrit Aube et son père qui évoquent le passé. Dessiner des personnages immobiles qui discutent, c’est ennuyeux. Et j’ai horreur de dessiner deux fois la même chose. J’ai donc imaginé cette tapisserie accrochée au mur qui rappelle la supériorité des hommes sur les animaux. C’est une façon d’animer une scène statique tout en renforçant le dialogue.
Dernière case :
Béatrice Tillier :
J’ai créé cet escalier en mélangeant différents éléments architecturaux pour qu’on ne puisse jamais dire : tiens, c’est l’escalier de tel château. Même une perspective doit servir l’histoire et ne doit pas être un simple prétexte à de belles images. Cette case m’a permis de montrer la lente ascension du loup. Petit à petit, les lignes montent et s’enroulent comme un serpent prendrait sa proie au piège. J’aime jouer avec la symbolique du décor et la double lecture qui en découle. Dans la scène suivante, le loup, pour entrer dans la chambre de la mariée qui est encore vierge, doit emprunter une toute petite entrée. Et, évidemment, j’ai mis en avant un gros plan de la clé pénétrant dans la serrure…

Propos recueillis par Frédéric Vidal